Les grands-parents, grands oubliés de la politique et du droit

Alors que la société se seniorise, la reconnaissance des grands-parents aux niveaux juridique et politique reste faible. Pourtant ils occupent une place importante dans la vie de famille. Le rapport « Les grands-parents, des seniors comme les autres ? » a été remis à Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des famille lors d’un colloque à l’Assemblée Nationale, le 28 juin, auquel Damartex et la Fondation On Seniors’side ont participé. Ce rapport montre pourquoi il est essentiel d’accorder plus d’importance aux papys et mamies et suggère différents axes de réflexion.

Être grand-parent n’est plus synonyme de vieillesse

Aujourd’hui, les grands-parents n’ont rien à voir avec la façon dont ils sont représentés dans les médias. On est loin de la petite mamie, qui reste bien au chaud chez elle, en pensant au passé. Beaucoup des seniors se sentent plus jeune que l’âge indiqué sur leur carte d’identité. Il est possible de considérer la grand-parentalité en  3 grandes étapes :

  • De 55 à 75 ans, on n’est pas réellement vieux. Dans cette tranche d’âge, beaucoup de grands-parents exercent encore une activité professionnelle, puisqu’en moyenne, on devient grand-père à 56 ans et grand-mère à 54 ans. On est loin de l’équation grands-parents = retraite + vieillesse.
  • Après 75 ans, la vieillesse se fait plus ressentir. Selon le rapport “Les grands-parents, des seniors comme les autres”, on devient vieux en moyenne à 75,6 ans. Le champ des activités rétrécit à cause de la fatigue et d’une réduction de la mobilité. De même, on a plus de mal à se remettre après un problème de santé. La réalité s’approche de la croyance : grands-parents = vieillesse.
  • Enfin vient la perte d’autonomie et d’indépendance, qui elle dépend de l’état de santé et du vécu de chacun. A cette étape, les grands-parents deviennent bénéficiaires de l’aide familiale plus que donneurs de cette aide.

Même si beaucoup de grands-parents ne se perçoivent pas comme vieux, sont actifs et prouvent que la vie ne cesse pas à la retraite, il ne faut pas faire de généralités. Il existe aussi des grands-parents à la santé fragile, éloignés géographiquement et qui ne peuvent pas correspondre à l’image du grand-parent dynamique, qui garde les enfants tous les mercredis.

Les grands-parents jouent un rôle essentiel dans la construction de l’enfant…

Auparavant, on n’attendait pas une grande implication des grands-parents dans la vie de leurs petits-enfants. Les liens transgénérationnels n’étaient pas aussi importants qu’aujourd’hui et les grands-parents incarnaient plutôt une figure d’autorité, assez distante voire froide.

Désormais la grand-parentalité est fondée sur les liens affectifs entre grands-parents et petits-enfants. Les grands-parents n’ont pas de rôle d’éducateurs, mais ils sont des piliers essentiels pour les enfants. En les initiant à la culture, aux loisirs, en donnant des racines et des repères par la transmission de l’histoire familiale, les grands-parents participent à la structuration de l’enfant.

Ils incarnent une génération pivot : avec l’allongement de l’espérance de vie, une génération intermédiaire, aussi appelée “génération sandwich” a émergé, qui aide ses enfants et ses petits-enfants, mais s’occupe aussi de ses propres parents âgés.

… pourtant, ils sont mis de côté en politique et en droit

Depuis 2002, les grands-parents ne sont plus mentionnés de façon explicite dans le Code Civil. Ils n’ont aucun droit en tant que tels et sont considérés comme des tiers ; seul l’intérêt de l’enfant est pris en compte. Il n’y a rien qui leur garantit de pouvoir maintenir une relation avec leurs petits-enfants en cas de conflits familiaux et cela représente une grande source d’anxiété pour eux.  De plus, en cas de danger pour les enfants, les grands-parents ne sont pas les tiers dignes de confiance auxquels la justice pense en premier puisque l’aide sociale à l’enfance est privilégiée.

En outre, le régime des successions et donations doit évoluer. Il entrave la circulation du patrimoine, ne prend pas en compte les nouvelles formes de structures familiales et cherche à préserver uniquement la famille nucléaire (2 adultes et les enfants qu’ils ont eu ensemble).

Les pouvoirs publics accordent certes une attention croissante aux grands-parents, mais il n’existe toujours pas de politique ciblée spécifiquement sur eux, surtout en termes de politique familiale. Cette indifférence crée chez eux un sentiment de mise à l’écart et de souffrance.

C’est pourquoi de nombreuses recommandations ont été faite et remises à Adrien Taquet, Secrétaire d’Etat en charge de l’enfance et des familles, elles distinguent huit axes de travail :

  • Mieux reconnaître et valoriser l’importance des grands-parents.
  • Aider les familles dans la gestion des liens intergénérationnels, en tenant compte notamment des changements intervenant à l’adolescence.
  • Concilier grand-parentalité et vie professionnelle.
  • Soutenir la grand-parentalité dans les familles défavorisées pour lutter contre les inégalités sociales.
  • Promouvoir la grand-parentalité de cœur au service des liens intergénérationnels.
  • Atténuer les effets de l’éloignement géographique des grands-parents.
  • Faciliter la circulation de l’épargne des seniors au service de la solidarité intergénérationnelle et de la jeunesse.
  • Accompagner la montée en compétence des seniors sur les outils numériques.

Les grands-parents doivent être davantage intégrés aux politiques publiques.

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