Les nouvelles technologies prennent chaque jour un peu plus de place dans notre quotidien et même si leur usage est souvent associé à un public jeune, elles s’adressent aussi aux plus âgés. La place de la technologie en gérontologie s’est renforcée ; elle est supposée faciliter la vie de nos aînées et amener un peu plus de paix d’esprit à leurs proches. “Jeunes robots et vieilles personnes, prendre soin et nouvelles technologies en gérontologie”, ouvrage réalisé sous la direction de Jérôme Pellissier, Mireille Trouilloud et Pascal Menecier, se penche sur ce sujet et amène à envisager la questions sous différents angles. 

Une accélération du vieillissement de la population

D’après l’INSEE, en janvier 2020 les personnes âgées d’au moins 65 ans représentaient 20,5% de la population. Ce chiffre est en augmentation depuis 2011 avec l’arrivée à 65 ans des générations nées après-guerre. Les projections de l’INSEE indiquent que d’ici 2040, plus d’un habitant sur quatre aura 65 ans et plus. Cette augmentation de la part de personnes âgées dans la population oblige à s’interroger sur leur cadre, leurs conditions de vie et sur les infrastructures qui pourront les accueillir et les aider à bien vieillir. 

Des robots qui facilitent la vie… 

Ce n’est pas nouveau, les EHPAD manquent cruellement de personnel soignant. Beaucoup se plaignent de la surcharge de travail et souffrent du manque de contact de qualité avec les seniors. Les familles sont bien au courant de ce manque de personnel et craignent que les conditions de travail amènent à des négligences ou que l’on ne prête pas assez attention à leurs proches. De plus, il arrive que des seniors se retrouvent isolés et que les soignants aient du mal à établir un lien avec eux, par manque de temps ou de moyens. 

Un robot, qui est neutre et respecte un programme bien précis, peut aider dans ces cas là. Que cela soit du côté des soignants, en leur simplifiant le travail, en les aidant dans les tâches difficiles, ou du côté des seniors en leur tenant compagnie et en créant un lien, un pont vers l’extérieur pour sortir de l’isolement. En effet, il arrive que les proches ou les soignants éprouvent de la gêne, de l’embarras, car ils ne savent pas comment briser cet isolement et les échanges sont plus délicats. Le robot, lui, ne juge pas et son attitude ne change pas en fonction de la personne qui se trouve devant lui, cette gêne qui handicape les échanges disparaît donc. 

… mais qui créent de nouvelles problématiques

Un robot, même s’il est une machine complexe, reste très simple comparé à un humain. Sa neutralité et ses automatismes l’empêchent de détecter certaines subtilités qui n’échapperaient pas à un œil averti. Il est tout à fait capable de déplacer ou laver un patient, mais pour des activités plus subjectives, comme prendre soin, discuter avec une personne, il n’égale en aucun cas un humain. Le robot ne ressent rien, lui faire trop confiance entraîne un risque de passer à côté de quelque chose  d’important que seul un humain peut ressentir.

De plus se pose le risque de l’anthropomorphisme, c’est-à-dire l’attribution de caractéristiques humaines à d’autres entités, comme des animaux ou des objets. En effet, les robots ne font que simuler, ils ne sont pas conscients. C’est l’humain qui va projeter des émotions et prêter des intentions aux robots. Quand cet humain est une personne fragile ou vulnérable, le risque de désorientation, de confusion entre humain et machine est plus grand et peut amener à un attachement, voire même une dépendance envers le robot. Une fois dépossédées de ce robot, les personnes peuvent alors déprimer et voir leur santé décliner. 

Le développement de la technologie en gérontologie est inévitable. Il faut continuer à s’interroger sur ce sujet, mais aussi mieux impliquer les seniors dans les expériences. Celles-ci doivent être mieux encadrées et contrôlées, puisque la plupart relèvent aujourd’hui davantage du tâtonnement que d’un développement éthique et scientifique. 

Sources: 

Tableaux de l’économie française, population par âge – INSEE

Jeunes robots et vieilles personnes, Prendre soin et nouvelles technologies en gérontologie – Chronique Sociale