Malgré le Mouvement de Libération des Femmes fin des années 60 et la montée du féminisme, il existe encore un grand tabou dans notre société : le refus de la maternité. Les femmes ne désirant pas procréer sont confrontées aux préjugés selon lequel elles détestent les enfants, sont égoïstes et détestent les hommes.

En France, 4% des femmes ne veulent pas d’enfant. Cela veut-il dire que 4% des femmes françaises sont d’horribles sorcières ? Non. Il peut sembler difficile d’imaginer que l’on puisse être heureuse en menant une vie hors des normes sociales, pourtant, celles qui n’ont pas voulu d’enfants ne le regrettent pas.

Annie, 55 ans, n’a jamais voulu être mère : « J’ai décidé vers 12 ans que je n’aurais pas d’enfant. Je ne voulais pas être une femme « femelle ». J’assume parfaitement ma féminité physique, mais pas la fonction de mère. Je suis costumière. Je travaille parfois seize heures par jour et je pars souvent à l’étranger sur des tournages. C’est totalement incompatible avec la maternité. D’ailleurs, je le vois bien autour de moi : dès qu’elles deviennent mères, les femmes arrêtent. Avec un enfant, on sacrifie soit sa vie professionnelle, soit sa vie privée. Mon job est ma passion, je n’ai jamais ressenti la nécessité d’avoir un enfant. Et mon mari en a déjà deux »

Le refus de sacrifier sa carrière n’est pas toujours la raison du refus de la maternité. Parfois, ces femmes désirent simplement être « entièrement elle-même », garder pleinement leur temps pour leurs activités, ne se projettent pas dans le rôle de mère ou ne ressentent simplement pas le désir d’enfanter.

« Mon bonheur était trop compact pour qu’aucune nouveauté pût m’allécher. […] Je ne rêvais pas de tout de me retrouver dans une chair issue de moi. […] Je n’ai pas eu l’impression de refuser la maternité ; elle n’était pas mon lot ; en demeurant sans enfant, j’accomplissais ma condition naturelle. » raconte Simone de Beauvoir dans son livre La Force de l’Âge.

Faire des enfants peut être ressenti comme une véritable pression sociale : le désir de ses propres parents de devenir grands-parents, le besoin de rentrer dans le modèle de la famille idéale, le besoin de faire comme les autres couples de l’entourage, etc.

Ces femmes bousculent le stéréotype de la famille idéale et font parfois face à des remarques virulentes : égoïsme, immaturité, carriérisme, etc. Une étude de l’Insee de 2011 montre que 63% des femmes et des hommes estiment que « pour s’épanouir, une femme doit avoir des enfants ». Comme si ne pas avoir d’enfant faisait des femmes des êtres incomplets.

Mais alors, qui va s’occuper de nos vieilles ?

Mais alors qui va s’occuper des vieilles femmes sans enfant ? Lucie Joubert, journaliste et autrice, ironise sur le sujet dans son livre L’envers du landau : « Quoi de plus incitatif à la procréation que la perspective terrifiante de ces longues années dans un foyer de personnes âgées, sans visite, sans distraction ? Cauchemar que certains contournent en ayant huit enfants, un pour chaque jour de la semaine, plus un – on n’est jamais trop prudent. »

Cette question à propos de la vieillesse et de la solitude, on l’a souvent posée à l’autrice du blog Refinery29. Ce à quoi elle répond :

« Que les choses soient claires, savoir qui prendra soin de nous durant nos vieux jours ne devait en aucun cas être déterminer notre décision de nous mettre en couple et/ou d’avoir des enfants. Lorsque je rencontre quelqu’un, je ne lui fais pas passer de test d’aptitude pour déterminer si cette personne pourra prendre soin de moi lorsque je serai vieille et malade. Je n’ai jamais considéré le fait d’avoir des enfants comme un retour sur investissement à l’âge de la retraite. D’ailleurs, de tout ce qui me vient à l’esprit lorsque je pense à ce que je recherche chez un partenaire, rien n’a de lien avec la retraite. »

Quand elle sera vieille, la bloggeuse compte sur les centres médicaux-sociaux et sur les professionnels pour prendre soin d’elle. D’ailleurs, elle ne se fait pas d’illusion : souvent, la femme reste seule après la mort de son mari et les enfants ont un travail et une famille à gérer. Il peut être difficile de trouver du temps pour s’occuper de ses vieux parents. Pour bien-vieillir, elle ne compte que sur sa bonne organisation, les professionnels et celles et ceux qu’elle considère comme sa famille : les autres membres de sa famille, son entourage et ses ami·es.

Sources :

Mona Chollet, Sorcières la puissance invaincue des femmes

Femme Actuelle : Femmes sans enfants. Et si on arrêtait de les stigmatiser

Refinery29 : Célibataire sans enfant : qui s’occupera de moi à la retraite ?