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Salon des seniors – Conférence : Repenser le couple à retraite

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On a un peu parlé amour au salon des seniors. Selon Anasthasia Blanché, psychanalyste et psychosociologue, le passage à la retraite est un moment délicat pour le couple. Il faut savoir se retrouver pour mieux retrouver l’autre.

Certaines personnes attendent la retraite avec impatience, d’autres la redoutent. “Partir à la retraite, c’est se libérer de la performance du travail, des normes pesantes, de la temporalité de l’entreprise”, explique Anasthasia Blanché. Mais ce passage peut aussi être synonyme de deuil : “le travail créé le lien et une utilité sociale, structure la vie quotidienne, rend actif et donne une identité. A la retraite, il faut tout remplacer.”

Accepter le vieillissement de l’autre

A la retraite, le couple en a fini avec son rôle parental, professionnel, et doit faire face à des changements physiques. Pour les hommes, ces perturbations coïncident avec le passage à la retraite. Les femmes, elles, connaissent des bouleversements hormonaux plus tôt, avec la ménopause.

Le couple peut être fragilisé par ces changements. “Il faut renégocier avec cette nouvelle enveloppe corporelle et accepter le vieillissement du corps de l’autre.” Ce qui est loin d’être facile d’après la psychanalyste : “le corps de l’autre est le miroir de notre âge. Parfois, l’un n’arrive pas à accepter le vieillissement de l’autre et préfère partir.” Il faut donc se choisir à nouveau, réapprendre à accepter l’autre, mais avant tout, il faut se retrouver soi, “re-traiter sa vie”.

Renégocier les espaces

En plus d’accepter ces bouleversements physiques, c’est toute sa vie qu’il faut réorganiser. Il faut également accepter de ne pas tout faire ensemble. Il faut se garder du temps pour soi, pour se retrouver. Il faut d’abord repenser l’espace social, retrouver une utilité sociale. Trois schémas de retraités apparaissent alors : le retraité hyperactif et consommateur, le retraité dévoué à sa famille et le retraité bénévole qui retrouve une utilité par l’engagement.

Il faut également repenser l’espace géographique. “Les hommes, souvent plus casaniers, préfèrent s’installer à la campagne, alors que les femmes, plus actives, préfèrent la ville pour ses activités culturelles”, explique la psychanalyste. Repenser l’espace géographique passe aussi parfois par un grand désencombrement : “un tri des biens que l’on a accumulé pendant des années, symbole du commencement d’une nouvelle vie.”

Repenser l’espace temporel : apprendre à gérer son temps libre. “On n’est plus dans le temps contraint, celui des parents, de l’école, du travail. Et cela peut donner un sentiment de vertige. C’est pour cela que certains retraités deviennent des boulimiques d’activités.”

Autant de divorces à 60 ans qu’à 30 ans

Mais parfois, le divorce est inévitable. “Au Moyen-Âge, l’espérance de vie conjugale était de 15 ans, aujourd’hui elle est d’environ 50 ans. Mais que fait-on à la retraite lorsqu’on l’on a déjà tout fait ?” questionne Anasthasia Blanché. “En 20 ans, le nombre de divorces à la retraite a doublé.” Généralement, les femmes ne parviennent pas à se retrouver dans le couple et demandent le divorce pour se libérer. Les hommes, eux, divorcent plutôt par lassitude.

Pour certains, retraite est synonyme de nouvelle opportunité. Le nombre de divorces à la retraite a doublé mais le nombre de mariage également. “Ce sont des engagements plus lucides et moins idéalisés”, conclut la psychanalyste.

La conférence a eu lieu vendredi 8 avril 2016 au Salon des Seniors de Paris, Porte de Versailles, dans la salle John Fitzgerald Kennedy de 15h05 à 15h50.


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