Retraite : la déstandardisation des fins de carrière

Retraite : la déstandardisation des fins de carrière

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Depuis quelques années, on observe une modification des modalités de passage à la retraite dans les pays occidentaux. Alors que la norme était une  transition nette entre la vie professionnelle et la retraite, d’autres formes de cessation de l’activité apparaissent, tout en restant minoritaires.

Cela peut se traduire par un allongement de la durée de cotisation au-delà de l’âge ouvrant les droits à la pension, avec des aménagements comme le temps partiel. Cela peut aussi prendre la forme d’un cumul pension retraite/emploi. D’autres optent pour la pension de retraite complétée par une activité dans la Sharing Economy ou dans l’économie informelle. De ce fait, la frontière entre emploi et non-emploi est de plus en plus poreuse, on assiste à ce que Jacques Wels (University of Cambridge) appelle une « déstandardisation » des fins de carrières.

Le cumul emploi-retraite

La question du type d’activité ne se pose pas de la même façon suivant les pays. En 2010, le taux d’emploi des 60-64 ans français et belges était d’environ 20% ; un plus grand nombre de seniors pouvait alors se tourner vers la Sharing Economy. En Allemagne et au Royaume Uni, le taux d’emploi dépassait les 40% sur cette tranche d’âge ; les seniors avaient moins de besoin ou de disponibilité pour être actifs autrement que dans leur emploi.

Les formes que peut prendre cette transition entre l’emploi et la retraite sont différentes selon que l’on souhaite continuer à travailler dans la même entreprise, ou que l’on souhaite en changer, voire changer de secteur d’activité. Parmi ceux qui restent dans le même secteur, continuer à travailler tout en ayant une pension de retraite est plus fréquent parmi les commerçants (5%) que parmi les salariés (3,3%) et les artisans (3,8%). Ce sont également les commerçants qui cumulent cette activité le plus longtemps, puisque 29% des cumulants relevant du RSI commerçant ont au moins 70 ans, contre 19% des cumulants à la CNAV et 15% des cumulants au RSI artisans :

retraités de droit direct en cumul emploi-retraite dans un même régime

Les retraités qui cumulent une activité salariée sont majoritairement âgés de 62 à 70 ans, la proportion diminuant au-delà de cet âge. Les hommes sont légèrement plus nombreux que le femmes et ont un revenu issu de leur activité supérieur à celui des femmes : 6 203€ en moyenne par an, contre 5 008€ pour les femmes.

pyramide des âge

Les seniors, friands d’auto-entreprenariat

Certains seniors préfèrent changer leur manière de travailler, que ce soit en terme de rythme, de secteur ou encore de cadre de travail. Ils étaient 102 000 seniors de 60 ans ou plus en 2013 à avoir choisi l’auto-entreprenariat, que ce soit en complément de la pension de retraite ou bien avant de la percevoir. Ce régime, qui simplifie la gestion administrative de sa société, permet aux personnes de gérer elles-mêmes l’organisation de leur travail, ce qui correspond bien à ceux qui souhaitent avoir une transition progressive vers la retraite. Les 60+ sont particulièrement représentés au sein des auto-entrepreneurs qui exercent des activités de conseil. Ainsi, 30% des auto-entrepreneurs dans le conseil pour les affaires et autres conseils de gestion ont 60 ans ou plus.

auto entrepreneurs

Ce statut semble être adapté aux compétences des travailleurs les plus âgés, puisque c’est parmi les seniors que la part d’auto-entrepreneurs économiquement actifs est la plus élevée : 83% d’entre eux, contre 68% des auto-entrepreneurs entre 30 et 39 ans, par exemple.

Le « Plan B » de la Sharing Economy

L’économie du partage est idéale pour les retraités qui souhaitent continuer à fournir des services à la communauté tout en ayant un complément de retraite. Airbnb l’a bien compris et profite de la participation des seniors à la plateforme, ces derniers étant considérés comme les meilleurs hôtes en Europe. Dans le système de notation mis en place par Airbnb, les 60+ sont les plus nombreux à avoir la note maximale. C’est en France, que la proportion d’hôtes hébergeurs de 60 ans ou plus est la plus importante : 15%, contre 11% au Royaume Uni par exemple. Dans une enquête menée par Airbnb auprès de ses utilisateurs, 45% des seniors qui mettent leur logement en location via la plateforme déclarent que le complément de revenu qu’ils en ont tiré leur a permis de rester chez eux. En moyenne, ils louent leur logement 23 nuits par an, pour un revenu médian de presque 3000€ (2500€ en France, 3947€ au Royaume Uni).

Pour Vicki Larson, auteur de « At midlife, it’s time to create a Plan B », l’arrivée dans la soixantaine représente un moment adéquat pour réfléchir à ce qu’elle appelle un « plan B », et la Sharing Economy en fait partie. Cela constitue un moyen de s’assurer un complément de revenu, mais également de se sentir utile à la communauté et de rester actif.

Source :
– Seniosphère Conseil
– Airbnb : https://blog.atairbnb.com/les-hotes-airbnb-de-plus-de-60-ans-a-lhonneur/


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