De plus en plus de diversité culturelle chez les seniors

Les seniors : une population multiculturelle

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La France a connu de nombreuses périodes d’immigration au cours de son histoire. Elle comptait en 1911 1,1 million d’immigrés, soit 3% de sa population. En 2008, elle en comptait 5,3 millions, soit 8% de sa population.

Le phénomène s’est amplifié au cours du XXe siècle, avec des vagues d’immigration plus nombreuses : en 1931, 2,7 millions d’immigrés vivaient en France, soit 7% de la population. Dans les années 1970, ils étaient environ 3,5 millions, pour atteindre 5,7 millions en 2012.

Evolution de la part d'immigrés dans la population française

Pour rappel, selon le Haut Conseil à l’Intégration, une personne est considérée comme immigrée lorsqu’elle est née étrangère à l’étranger et résidant en France. Même si elle change de nationalité pour le pays d’accueil, elle reste comptabilisée dans la part de population immigrée. Une personne étrangère est une personne résidant en France et ne possédant pas la nationalité française.

De la Pologne à l’Afrique Subsaharienne

Jusque dans les années 1980, la majorité des immigrés venaient d’Europe : principalement d’Espagne, d’Italie et d’Algérie. Depuis les années 80, les étrangers résidant en France proviennent principalement du Portugal, d’Europe de l’Est, d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.

nombre d'étrangers résidant en France par nationalité depuis 1945

Cette population vieillit en même temps que les personnes nées en France et arrive désormais à l’âge de la retraite. Ainsi, 73% des immigrés originaires d’Italie et 65% de ceux originaires d’Espagne ont aujourd’hui plus de 55 ans. Parmi les immigrés les plus âgés, viennent ensuite les personnes originaires du Portugal (41% ont plus de 55 ans), de Tunisie (36%) et du Maroc (35%). Le profil des retraités en France est donc amené à se diversifier à mesure que des cultures différentes sont représentées parmi les seniors.

Répartition par tranche d'âge des population étrangères et immigrées en 2012

Les projets de vie à la retraite varient d’un individu à l’autre et la diversité culturelle au sein de la population vient amplifier ces variations. Ainsi, 1,6 millions de retraités vivaient à l’étranger en 2016, le plus souvent des individus immigrés qui sont retournés vivre dans leur pays d’origine à la retraite. Mais la plupart des immigrés restent vivre en France lorsqu’ils passent à la retraite, ce qui n’exclut pas des séjours dans leur pays d’origine. Ce sont donc des seniors habitués à voyager et qui partagent leur temps entre la France et l’étranger.

Des niveaux d’étude inégaux

Si le vieillissement d’une partie de la population immigrée apporte une diversité culturelle parmi les retraités, il soulève également des questions quant à la prise en charge du vieillissement de ces personnes. Ainsi, une partie d’entre eux ne maîtrise pas tout à fait la langue française, du moins à l’écrit, ce qui peut poser problème au moment de réaliser des démarches administratives (pour la retraite, la santé ou encore le logement). Par exemple, 71% des immigrés originaires du Portugal – et qui sont arrivés en France à 18 ans ou plus – n’avaient pas un bon niveau de français à l’écrit et à l’oral en 2008. C’était le cas de 35% des immigrés du Maroc et de la Tunisie.

Autre différence : les immigrés sont également en moyenne moins diplômés que la population non immigrée. En 1990, plus de 60% d’entre eux n’avait pas de diplôme, contre moins de 40% des non-immigrés.

Respecter la diversité culturelle en EHPAD

Les retraités immigrés, qui sont de plus en plus nombreux, ont donc un profil socio-culturel différent de l’ensemble des retraités en France, et donc des attentes et besoins spécifiques en matière de loisirs, de mode de vie, de culte religieux ou d’accompagnement dans la vieillesse. Cela pose la question de la cohabitation de seniors aux cultures de plus en plus différentes dans les EHPAD par exemple. Si certains EHPAD privés sont confessionnels, les EHPAD publics sont soumis au principe de laïcité du service public. Pour autant, ils se doivent de respecter les croyances de chacun et sont nombreux à s’adapter à l’hétérogénéité des nouveaux résidents, en proposant des menus adaptés aux interdits alimentaires associés à certains cultes, ou en proposant des lieux de prière. De plus en plus d’établissements vont être concernés à l’avenir et vont devoir revoir leur organisation qui parfois, par tradition, est ancrée dans la culture chrétienne.

Marion Artz, directrice d’EHPAD, témoigne à propos des rites mortuaires : « Aujourd’hui, la population accueillie en EHPAD est majoritairement, si ce n’est unanimement, chrétienne. On ne s’en rend peut-être pas compte, mais la gestion du corps mort est aujourd’hui protocolisée selon les rites catholiques […]. Mais la question se posera plus tard pour les générations à venir, car la France multiculturelle n’est plus seulement chrétienne. Elle est également musulmane, juive, bouddhiste, athée… Et les rites sont différents selon les religions […] »

Cette diversité culturelle au sein des retraités est amenée à augmenter avec le vieillissement de la population immigrée, puis avec le vieillissement des descendants d’immigrés qui, s’ils ont été élevés en France, jonglent entre les différentes cultures dont ils ont hérité.

Source : Seniosphère Conseil


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