Avoir 80 ans en 2018

Avoir 80 ans en 2018

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Claudia Cardinale, Daniel Hechter, Enrico Macias, Frederick Forsyth et Jean-Claude Drouot ont tous en commun de fêter leurs 80 ans cette année. Nés en 1938, ils appartiennent à la génération qualifiée de « silencieuse » par le Time en 1951, en raison de leur attitude moins revendicative que la génération du Baby-boom.

Voir notre article : Deux générations de seniors bien différentes

Leur enfance a été marquée par la guerre (qui s’est terminée lorsqu’ils avaient 7 ans) et les efforts de construction de la paix pendant les années qui suivirent avec notamment la création du Conseil de l’Europe en 1949.

Ils avaient 10 ans lorsque la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a été adoptée par l’ONU. Cette année-là, l’Allemagne, alors coupée en deux, a connu l’arrivée du Deutsche Mark puis le blocus de Berlin. En Belgique cette même année, le Pacte Scolaire a rendu obligatoire la gratuité de l’enseignement.

Leur adolescence s’est déroulée dans un climat de tensions internationales avec la guerre froide, la guerre de Corée et la guerre d’Indochine ainsi que l’indépendance de l’Inde puis des pays du Maghreb. Plus tard c’est le Congo qui prend son indépendance de la Belgique (1960). Ils ont fêté leurs 20 ans dans un contexte économique et politique en pleine mutation, puisqu’en 1958 la Communauté Economique Européenne a été créée, suite au Traité de Rome en 1957. En France, la Ve République est promulguée et Charles de Gaulle en est le premier président élu. Les Français se souviennent également de l’arrivée des nouveaux francs en 1960.

Leurs idoles étaient Marylin Monroe, Audrey Hepburn et James Dean, les jeunes femmes portaient des jupes crayon et des chapeaux tout en admirant les premiers défilés de Christian Dior. Leur jeunesse a vibré sur les chansons de Barbara, Elvis Presley, The Chordettes, The Platters ou encore Dalida.

Plus de femmes que d’hommes à 80 ans

Les octogénaires sont majoritairement des femmes. Parmi la population âgée de 80 ans en 2017, la proportion de femmes variait de 55% (UK) à 58% (France, Allemagne, Belgique), cette proportion augmentant à mesure de l’avancée en âge. La surreprésentation des femmes au-delà de 80 ans est liée à leur espérance de vie plus longue.

Les femmes sont plus nombreuses à vivre seules du fait de l’écart d’âge au sein des couples, les femmes étant en moyenne plus jeunes que leur conjoint. En effet, dans les années 1960, les femmes se mariaient avec des hommes en moyenne âgés de 2,5 ans de plus qu’elles en France, 2 ans de plus en Angleterre. Au-delà de 80 ans, 62% des femmes vivent seules dans leur logement en France, contre 26% des hommes (en Allemagne, entre 75 et 84 ans, les proportions sont respectivement de 72% et 20%).

Voir notre article : Après 65 ans, deux fois plus de femmes seuls que d’hommes

Une population en perte d’autonomie

À 80 ans, une proportion importante de la population connaît des problèmes de santé, plus ou moins graves, mais qui nécessitent une adaptation du quotidien. Bien que la majorité soit encore autonome, un certain nombre est touché par des limitations physiques, sensorielles ou cognitives.

Voir notre article : 45% des personnes de plus 75 ans déclarent une limitation fonctionnelle

Ainsi, en France, 28% des 75 ans et plus éprouvent beaucoup de difficultés, voire sont dans l’incapacité de marcher sur 500 mètres et monter et descendre un escalier, 22% de se pencher et ramasser un objet, 10% de se souvenir des choses importantes et 27% ont besoin d’une aide pour se déplacer. Au Royaume-Uni, la problématique est similaire, avec 44% des femmes et 36% des hommes qui ont des limitations dans leurs activités du quotidien au-delà de 80 ans. Cela signifie qu’ils ont des difficultés, voire ne sont plus capables sans aide, de se déplacer dans leur logement, de cuisiner et manger, de faire leur toilette, de se lever de leur lit, etc.

Cette fragilité au quotidien peut en partie être compensée par des adaptations du logement, ce qui est le cas de 20% des 75 ans et plus en France. Car la très grande majorité des personnes de 80 ans réside encore chez elles. La proportion de la population qui réside dans une institution pour personnes âgées concerne une très petite minorité à 80 ans, puis augmente avec l’âge. Les proportions varient selon les pays : 4% pour les hommes et 5% pour les femmes de 80 ans en France, 10% des 80 ans et plus en Allemagne, 12% des 80-84 ans en Belgique, 16% des 85 ans et plus au Royaume-Uni.

Voir notre article : En France, 720 000 personnes résident dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées

Une population aidée

Le plus souvent, les personnes reçoivent une aide humaine pour préserver leur autonomie, qu’elle provienne de leur entourage (41% des 75+ en France) ou d’un professionnel (32%).

Les aidants familiaux (ou aidants-proches en Belgique) sont souvent un ou plusieurs enfants qui s’organisent pour venir en aide à leur parent âgé. Si une grande partie des personnes de 80 ans peut bénéficier de cette aide c’est parce qu’elles ont eu une fécondité relativement importante comparée aux générations suivantes, et peuvent donc compter sur un plus grand nombre moyen d’enfants, avec des disparités toute de même importantes selon les pays.

Voir notre article : Coincée entre enfants et parents, la génération Sandwiche

Ainsi, les Françaises et les Anglaises de 80 ans ont eu en moyenne plus d’enfants (respectivement 2,49 et 2,39 enfants par femme pour la génération 1938) que les Belges (environ 2,2 enfants par femme), et surtout plus que les Allemandes (2,07). Mais tous les pays ont connu une baisse de la descendance finale des générations suivantes, avec 2,12 enfants par femmes pour la génération 1948 en France (2,11 en Angleterre, 1,86 en Belgique, 1,75 en Allemagne). Cela signifie que les prochaines générations auront moins d’aidants potentiels à 80 ans.

Si à 80 ans les personnes ne peuvent pas ignorer les problèmes de santé qui les touchent, il ne faut pas oublier qu’elles ont encore plusieurs années devant elles. Les hommes ont ainsi une espérance de vie d’environ 8 ans en Allemagne, Belgique et Royaume-Uni et 9 ans en France, tandis que les femmes peuvent espérer vivre encore entre 9 et 11 ans.

Des consommateurs plus traditionnels que les Baby-boomers

Leur comportement de consommateur diffère de celui des Baby-boomers. Ils sont plus attentifs à ne pas consommer inutilement, tout en veillant à ne pas gaspiller. Cette attitude se reflète dans les montants dépensés dans certains postes de consommation ainsi que dans la répartition de leur budget. Ainsi, des postes tels que l’alimentation ou le logement et les combustibles captent une plus grande partie de leur budget annuel que chez les Baby-boomers : respectivement 21,6% et 20,9% chez les premiers (75 ans et plus) et 17,9% et 14,4% chez les seconds (55-64 ans) en France. De même, au Royaume-Uni, 17% du budget des 75 ans et plus est consacré à l’alimentation, contre 13% de celui des 50-64 ans et 14% de celui des 65-74 ans. À l’inverse, les loisirs et la culture ont une place moins importante dans leur budget (7,3%) que dans celui des Baby-boomers (10%). Les octogénaires ont également été plus nombreux à épargner toute leur vie, et sont plus nombreux que les générations suivantes à penser qu’ils laisseront un héritage. Au Royaume-Uni, les 2/3 des 80 ans et plus sont dans ce cas, contre environ la moitié des 50-64 ans et 65-79 ans.

Par leur appartenance à la génération silencieuse, les personnes qui fêtent leurs 80 ans aujourd’hui correspondent à une représentation plus traditionnelle des seniors, dans le sens où leur mode de vie est moins actif que les générations suivantes, et leurs relations plus souvent tournées vers la famille. Même s’ils n’existe pas une seule figure d’octogénaire, de manière générale on observe qu’ils sont moins attirés par l’innovation, moins exigeants dans leurs demandes de produits ou services et plus résignés quant à leurs soucis de santé.

Source : Seniosphère Conseil