39% des plus de 75 ans n’ont personne avec qui parler de sujets personnels

39% des plus de 75 ans n’ont personne avec qui parler de sujets personnels

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Les Petits Frères des Pauvres et le CSA ont publié une étude sur la solitude et l’isolement des personnes de plus de 60 ans en France (2017). Les plus isolés sont les grands seniors (plus de 85 ans) mais des solutions peuvent être mises en place pour palier la solitude.

Être isolé, c’est être exclu du cercle familial, amical, du voisinage et du réseau associatif. 300 000 seniors sont en situation de mort sociale d’après Les Petits Frères des Pauvres. Cela représente la population d’une ville comme Nantes. Ces personnes ne rencontrent quasiment jamais ou seulement très rarement leurs proches.  Un tiers d’entre elles ne sort pas de la maison tous les jours et il s’agit souvent de femmes âgées de plus de 75 ans avec des revenus modestes.

L’étude montre que 22% des seniors sont isolés de leur famille, 28% de leurs amis, 21% du cercle de voisinage et 55% des réseaux associatifs. De plus, près de 900 000 seniors sont isolés à la fois de la famille et des amis.

Etude solitude petits frères des pauvres

Être isolé signifie aussi ne pas avoir de relation de qualité : 32% des 60+ et 39% des 75+ n’ont personne avec qui parler de sujets personnels. Le faible niveau de revenus a un impact fort sur l’isolement : moins de contacts avec l’extérieur car moins de sorties et de dépenses possibles. Les gens se sentent ainsi moins heureux et le sentiment de solitude est exacerbé.

C’est dans la région Centre Val de Loire que le taux de 65+ isolés du cercle familial est le plus important : 31%. La région détient aussi le record de 65+ les plus isolés du cercle de voisinage : 24% – avec la région Provence Alpes Côte d’Azur à 24% aussi.C’est dans la région Occitanie que le taux de 65+ isolés du cercle amical est le plus important : 33%. Enfin,  c’est la région Hauts de France qui détient le record de 65+ les plus isolés des réseaux associatifs avec 66% .

Les grands seniors sont les plus isolés

85 ans est un cap dans la perte de sociabilité. Les personnes âgées ont moins de contacts avec les enfants, les petits-enfants, la famille éloignée, les associations, les amis et le voisinage. Les sorties se font de plus en plus rares : 10% des 85-89 ans sortent moins d’une fois par semaine ou jamais, l’autonomie déclinant peu à peu.

« Je vais avoir 96 ans. Je n’ai plus qu’une fille et je ne la vois presque jamais. Elle s’en va la semaine prochaine dans les Ardennes avec des amis. Moi, je ne compte pas, je ne suis pas un ami. » Léon, 96 ans, en hébergement collectif.

Près d’un tiers des plus de 60 ans n’utilisent jamais internet. Le taux monte jusqu’à 68% pour les 85+. Il est donc encore plus difficile pour eux d’échanger avec des amis, les réseaux associatifs ou même de remplir leur déclaration d’impôt.

Même si toutes ces données semblent alarmantes, 84% des 85+ s’estiment globalement heureux.

Lutter contre la solitude et l’isolement

Pour Les Petits Frères des Pauvres, il y a de nombreuses solutions pour améliorer la vie sociale des personnes de plus de 60 ans. D’abord, encourager les seniors à fréquenter les commerçants du quartier et à utiliser les services de proximité : faire ses courses chez l’épicier, le fromager, discuter avec le facteur, utiliser une aide à domicile, etc.

L’amitié est également une valeur sûre qu’il faut encourager et entretenir. C’est d’ailleurs le cercle de sociabilité le plus fort pour les personnes de plus de 85 ans : 86% d’entre elles voient ou sont en contact à distance avec des amis au moins plusieurs fois par mois.

Il faudrait également encourager les seniors à rejoindre une association pour faire des rencontres hors des cercles amicaux et sociaux traditionnels. Ces interactions sont aussi une façon d’entretenir les capacités cognitives des plus âgés, en rencontrant de nouvelles personnes. Plus d’une personne sur trois de plus de 60 ans participe toutes les semaines à des activités associatives, 30% d’entre elles y créent de vraies amitiés et 36% y font des rencontres régulières.

La démocratisation des formes d’habitats collectifs pour personnes âgées serait également une bonne solution pour Les Petits Frères des Pauvres, afin de vivre ensemble dans des environnements adaptés et ne plus jamais être seul.

L’association estime que c’est également le rôle de l’Etat de lutter contre l’isolement :

  • Sensibiliser l’opinion public
  • Repérer les personnes les plus isolées pour proposer un accompagnement adapté
  • Renforcer la coordination des acteurs sur les territoires
  • Créer plus d’emplois de services à destination des aînés
  • Sortir d’un minimum vieillesse en dessous du seuil de pauvreté
  • Faciliter l’accès financier aux aides à domicile
  • Créer des environnements « web-friendly » et mettre en place un plan national pour lutter contre l’exclusion numérique
  • Lutter contre la « marchandisation du lien social » : les services payants pour tenir compagnie aux seniors

L’étude a été menée par téléphone auprès de 1 800 personnes, ainsi que par des entretiens qualitatifs en face à face avec des personnes souvent exclues des sondages : personnes âgées, détenus, malades, hébergement collectif, etc.

L’étude entière est à retrouver dans le lien suivant : Solitude et isolement, quand on a plus de 60 ans en France